Le ballet perd son étoile

C’est hier le jeudi 22 novembre que Maurice Béjart, le célèbre chorégraphe, s’est éteint à l’âge de 80 ans des suites de problèmes cardiaques et rénaux, pour lesquels il avait été admis au CHUV il y a quelques jours. Toute la scène artistique est en émoi, ayant perdu le modèle-même du ballet contemporain, de la danse classique, de l’émotion dans le mouvement, tout simplement. Mais c’est sa frêle carrure qui, tout jeune déjà, l’avait poussé vers la danse, lorsqu’un médecin lui avait conseillé d’en pratiquer pour le fortifier un peu. C’est alors qu’était née une véritable passion pour le ballet.

Il décide d’en faire métier à l’âge de 18 ans. Il bénéficie, à Paris, de cours donnés par les meilleurs professeurs en la matière et y côtoie de célèbres danseuses comme Yvette Chauviré ou Janine Charrat. Il fonde en 1953 sa première compagnie avec laquelle il ose les paris artistiques les plus fous, dont son grand succès, “Symphonie pour un homme seul” sur la musique avant-gardiste des compositeurs Henry et Schaeffer. Il prône déjà à cette époque la mixité des genres et des danseurs sur scène; il mélange classique et contemporain ainsi que les styles venant de tous horizons, comme l’Afrique ou l’Inde. Il mêle mouvements saccadés et sauts voluptueux: il cherche ainsi à se singulariser, à rendre son spectacle unique. En 1959, il crée le “Sacre du printemps” sur une composition de Stravinsky: dans ce ballet, ce sont les relations hommes-femmes qu’il examine en prenant tout particulièrement en considération leur aspect contraire, rendant les figures masculines et féminines froides les unes envers les autres, comme une guerre acharnée de ces êtres entre eux. On peut encore citer le brillant “Boléro” avec pour musique celle de Ravel, dont Béjart reconnaissait qu’elle était “trop connue et pourtant toujours nouvelle grâce à sa simplicité”.

On ne pourrait citer toutes ses oeuvres, il en a réalisé plus de 200 avec toujours la même volonté d’époustoufler le spectateur. Il avait un immense talent, un profond charisme et cette tendance au perfectionnisme qui imposait une réelle rigueur à chacun de ses danseurs. Il ne craignait pas d’être jugé, faisant danser ses artistes nus pieds ou imposant à ses danseurs de la gente masculine de porter des jeans. Il s’évertuait à “casser” l’image carrée que l’on donnait trop volontiers au ballet classique.
Dans moins d’un mois, sa troupe devra effectuer la première de son dernier ballet, “Le tour du monde en 80 jours”, à Lausanne, sans lui. C’est ainsi que le 20 décembre prochain, ses danseurs pour lesquels il était un père remarquable et un artiste à l’imaginaire incontesté, lui rendront hommage. Il fut chorégraphe pendant plus de 50 ans de ses 80 années de vie: il vivait pour sa passion, qu’il emporte désormais avec lui. Son art lui survivra-t-il? Probablement…comme il disait toujours, “the show must go on”….

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