La magie politicienne du 12 décembre

 

Le 12 décembre 2007 au Palais fédéral à Berne, le Conseil national et le Conseil des Etats fraîchement élus renouvelleront le Conseil fédéral.

Pour élire les sept sages qui composent l’exécutif de la Confédération, les parlementaires se soumettent habituellement à la règle de la formule magique. Les sièges du gouvernement sont alors répartis en fonction de la force électorale des grands partis, reflet des résultats des élections fédérales du 21 octobre 2007.

A peine remis de leurs courses aux Chambres fédérales, les partis politiques élaborent déjà leurs stratégies en vue du 12 décembre. Avant l’indigestion, plongée dans ce plat complexe de politique fédérale dont les partis seuls tiennent la recette.


L’Union Démocratique du Centre (UDC) avait fait de la réélection de son conseiller fédéral Christophe Blocher (élu en 2003) un thème de campagne. Avec 29% des voix, le premier parti du pays assure à son mentor une place dans le prochain Conseil fédéral. Dans l’euphorie de la victoire, le président du parti, Ueli Maurer, propose d’évincer les doyens du Conseil fédéral ; Moritz Leuenberger (élu en 1995), Pascal Couchepin (élu en 1998) et Samuel Schmid (élu en 2001). Cette manœuvre permettrait à l’UDC de placer un représentant de son aile blochérienne et ainsi d’effacer toute tendance modérée dans la ligne du parti. Cette envolée du président contredit une décision du groupe parlementaire qui en décembre 2006 appelait à présenter Christophe Blocher et Samuel Schmid. Les autres partis, vont-ils suivre l’UDC dans leur grand ménage ?

Au Parti Socialiste (PS) les jeux sont faits. Le PS (21,5% des voix) refuse de prolonger le mandat de Christophe Blocher, véritable menace au système de concordance. Il réélira (naturellement) ses deux conseillers: Moritz Leuenberger et Micheline Calmy-Rey (élu en 2003) et les membres restants de l’actuel collège. Mais à qui incombera le siège laissé vacant par Christophe Blocher ? Les socialistes restent encore assez flous : au Parti Démocrate Chrétien (qui ont perdu en 2003 leur deuxième siège au profit justement d’un certain Christophe Blocher) ? Aux Verts ? Les caciques du parti ne se font guère d’illusion, allant même jusqu’à déclarer «qu’une contre candidature à Christophe Blocher est inutile». Mais le PS est fermement décidé à ne pas reconduire Christophe Blocher. De là à trouver une majorité au sein des Chambres pour les imiter? Les discussions sont en cours.

Sorti très affaibli des élections du 21 octobre, le Parti Radical (PRD ; 15,6% des voix) prône le statu quo. Ces membres reconduiront leurs deux conseillers Pascal Couchepin et Hans Rudolf Merz (élu en 2003) avec le reste du collège gouvernemental. Selon l’analyse du politicologue Pascal Sciarini, livrée dans le Journal du Matin de la Radio Suisse Romande (24 octobre 2007), le siège de Pascal Couchepin serait menacé. Les propos d’ Otto Ineichen (conseiller national PRD) à l’encontre du Valaisan témoignent de la profonde remise en question que traverse le grand vieux parti.

Dans les rangs du Parti Démocrate Chrétien (PDC ; 14,6% des voix), les positions ne sont pas encore arrêtées. Officiellement, le parti reconduira le Conseil fédéral in corpore, dont sa conseillère fédérale Doris Leuthard (qui succéda au démissionnaire Joseph Deiss en 2006). Le parti entend fixer des «conditions minimales» à l’élection des conseillers fédéraux, notamment en matière de collégialité, souvent bousculée durant cette législature par les conseillers fédéraux eux-mêmes. Mais le président du parti, Christophe Darbellay, interrogé dans l’émission Forums de la Radio Suisse Romande (15 novembre 2007), reste réaliste et déclare « la composition du Conseil fédéral ne bougera pas ».

Et les Verts ? Fort de leur succès (9,6% des voix) les écologistes souhaitent aussi mettre leur grain de sel dans cette soupe fédérale. Refusant de réélire Christophe Blocher, ils étudient la possibilité de proposer l’un des leurs pour le remplacer. Tout juste entrés au Conseil des Etats (Robert Cramer et Luc Recordon), les écologistes vont-ils vraiment s’aventurer sur la route d’une candidature au Conseil fédéral ? La décision finale devrait tomber le 1er décembre.

De nombreux observateurs donnent le statu quo comme scénario le plus probable. Les mandats des sept sages actuels seront probablement renouvelés. Pourrait s’ensuivre un jeu de chaises musicales, attendu par certains conseillers fédéraux souhaitant changer de Département. A l’heure où les discussions entre partis se poursuivent, les stratégies définitives de leurs états majors donneront les ingrédients essentiels au vote « magique » du 12 décembre.

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